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LA GAZETTE N° 10


Jean-Paul Mazaroz, « Patron ouvrier »

Dans un climat d'insurrection


« Monsieur Mazaroz est un grand fabricant de meuble.

Il est peut être le plus grand »

Auguste Luchet, Les Merveilles de l'Exposition universelle de 1867, p.193


Gustave Courbet (1819-1877), Portrait de Jean-Paul Mazaroz, 1863, huile sur toile, Lons-le-Saunier, musée des Beaux-arts © Lons-le-Saunier, musée des beaux-arts ; Jean-Loup Mathieu

La première révolution industrielle date de la fin du XVIIIe siècle, commence en Angleterre et repose sur le charbon, la métallurgie, le textile et la machine à vapeur. Les entreprises se regroupent pour optimiser leur logistique. L’invention de machines de plus en plus performantes accélère la transformation de produits primaires en des produits manufacturés. C’est par cette évolution que l’on assiste à un exode vers les villes et à un abandon progressif des campagnes. Les travailleurs peuvent produire beaucoup plus vite et en grandes quantités. On assiste là à la naissance d’une classe de travailleurs homogène commençant à mettre en premier plan la « question sociale ». Ces mutations ont des répercutions sur les idéaux. La France a un rôle secondaire dans la première révolution industrielle, certainement dû au fait de l’importance de l’agriculture sur son sol.


La deuxième révolution industrielle trouve ses fondements dans l'électricité, la mécanique, le pétrole et la chimie. La France développe à partir de 1850 son réseau ferroviaire ; passant de 3 000 km en 1850 à 17 500 km en 1870. Grâce à ce mode de transport, les industries textiles, minières et sidérurgiques en développent. Comme partout ailleurs, l’essor de cette industrialisation provoque la chute du pouvoir d’achat des classes ouvrières et l’on voit apparaître les syndicats, l’essor d’un socialisme et des concepts marxistes. Comme le souligne le Baron Haussmann, plus de la moitié des Parisiens vivent dans une « Pauvreté voisine de l’indigence ». Dans le dernier quart du XIXe siècle, on assiste à la grande dépression, à notre défaite contre les Prussiens et à la Commune.


UN ARTISTE DANS SON TEMPS : AU CŒUR DES RÉVOLUTIONS


Auparavant, les Expositions étaient nationales, elles avaient pour but de promouvoir l’industrie du pays. En 1851, l’Angleterre organise à Londres la première Exposition universelle - les Expositions universelles ont lieu ensuite tous les 5 ans et peuvent durer jusqu’à 6 mois. Il faut imaginer la puissance des industries anglaises qui sont prêtes à se mesurer à d’autres pays. La France est l’invité d’honneur de cette première Exposition universelle, qui a lieu dans une architecture exceptionnelle construite spécialement pour cette occasion : le Cristal Palace. En France, les expositions qui suivent marquent des actes politiques hautement symboliques. En 1855, Napoléon III organise à son tour une Exposition à Paris avec 36 états représentés. 1867 marque les victoires militaires de Napoléon III. En 1878, l'Exposition universelle réunit 46 pays et constitue le premier évènement d'envergure organisé en France après les évènements de la Commune et l'avènement de la Troisième République. La Commune est une insurrection contre l’Etat, elle débute le 18 mars 1871 et dure 72 jours ; les Communards s’opposent à l’Assemblée nationale à majorité monarchiste élue au suffrage universel masculin.


Dans cette mutation des classes ouvrières de la fin du XIXe siècle, Jean-Paul Mazaroz (1823, Lions-le-Saunier - 1900, Saint-Mandé) est un fabricant d’ébénisterie d’art, sculpteur, collectionneur, penseur et écrivain social ; il écrit beaucoup d’ouvrages et de textes cherchant à placer le travail productif en première place dans l’histoire des peuples. Mazaroz se place dans la continuité de l’Encyclopédie de Diderot. « Les convictions socialistes de Mazaroz fortement imprégnées des penseurs utopistes, Proudhon et Considerant », nous pouvons le considérer comme un « socialiste conservateur ». Il tente une carrière politique, à Dijon en 1848 et à Paris en 1876. Il est très proche de Gustave Courbet qui prend part avec exaltation à la Commune. Gustave Courbet est d’ailleurs arrêté, traduit en conseil de guerre et emprisonné 6 mois suite au déboulonnage de la colonne de Vendôme, symbole napoléonien, dont il avait proposé la destruction six mois avant la Commune. Courbet avait refusé la légion d’honneur au Ministre des Beaux-arts, Maurice Richard, en 1870.


« L’honneur n’est ni dans un titre ni dans un ruban, il est dans les actes et dans le mobile des actes. Le respect de soi-même et de ses idées en constitue la majeure part. »

Extrait de la lettre autographe de Gustave Courbet destinée au Ministre Maurice Richard

Paris, 23 juin 1870


UN ARTISTE DANS SON ŒUVRE : ARTISAN, ENTREPRENEUR ET COLLECTIONNEUR


Fils d’un relieur de livre de Lons-le-Saunier, d’origine italienne (Mazarozi), Mazaroz fut élève des Beaux-arts de Dijon et de Paris. Il obtient un premier prix de sculpture à l’école de Dijon. Mazaroz entre dans l’entreprise familiale Ribailler, important sculpteur et dessinateur d’ameublement ; principalement spécialisé dans le mobilier néo-renaissance et néo-gothique. En 1846, il reçoit la première médaille de sculpture. Dès 1851, l’entreprise s’équipe de machines-outils. En 1853, Mazaroz se marie à Bénigne avec la fille de Pierre Ribailler ; deux ans plus tard Pierre Ribailler et Paul Mazaroz s’associent et créent la maison Mazaroz-Ribailler. Ils participent aux grandes Expositions universelles de 1855 et de 1862. Une partie de leur production nous est connue puisqu’ils publient en 1855 et 1857 des recueils de photographies originales, destinés à leur clientèle, passant ainsi de la gravure à la photo. A l’Exposition universelle de 1855, Mazaroz reçoit la médaille d’argent et la médaille de première classe. Napoléon III lui achète pour le Château de Saint-Cloud un monumental meuble à deux corps en noyer sculpté ; la corniche est abondante de putti aux trompettes, chiens et gibiers ; dans la partie haute du meuble deux allégories de la pêche et de la chasse de part et d’autre d’une vitrine centrale à deux portes ; la partie basse ouvre par quatre portes à décors de peintures sur fond or par M. Fossey. A partir de ce moment, son succès s’accroît et sa popularité augmente, particulièrement aux Expositions universelles de 1867 et 1878, pendant lesquelles il remporte plusieurs médailles.


Château de Saint Cloud - Salle du conseil de Napoléon III

Meuble acheté par l’Empereur à l’Exposition universelle de 1855

Photo Richebourg vers 1867- 1869

On aperçoit à gauche le portrait de la Duchesse d’Albe par Franz Xaver Winterhalter (1805-1873)



Lors de l’Exposition universelle de 1867, deux meubles sont remarqués : un buffet de style néo-grec et un lit en chêne à colonnes et baldaquin commandé par le Prince Paul Demidoff.



Lit commandé par le Prince Paul Demidoff

Les merveilles de l’Exposition Universelle de 1867, page 199


Anonyme, Photographie de la salle à manger d’honneur de l’hôtel de ville de Paris, Salon Georges Bertrand, par Mazaroz-Ribailler


On lui doit beaucoup de projets en particulier la salle à manger de l’Hôtel de Ville de Paris, le château de Challain, l’hôtel de la préfecture du Conseil général des Yvelines, l'hôtel de la Commission impériale française. En 1865, il organise avec son confrère Lemoine, l’exposition de l’Union Centrale des Arts Décoratifs. Certainement dû à la Grande Dépression, on assiste au déclin de l’entreprise. Il est écrit que Mazaroz aurait tenté de se suicider en 1890, il reste aveugle jusqu'à sa mort en 1900.


Grand collectionneur, sa collection mise en vente en 1890 avec 534 lots, mais elle passe relativement inaperçue. On peut d’ailleurs se demander si cela est lié à ses engagements politiques, tout comme Courbet mort dans l’oubli. La collection de Mazaroz se concentre autour de la peinture française des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles : Clouet, Mignard, Fragonard, Claude Gellée, Téniers, Van Dyck, Cranach, Horace Vernet et pas moins de 34 Courbet. Il laisse à sa ville natale de nombreuses œuvres dont des tableaux de son ami Gustave Courbet.


Mazaroz décède en 1900, en laissant derrière lui des belles pièces de mobilier et une grande densité d’ouvrages encore publiés aujourd’hui. A notre époque nous vivons aussi des révolutions technologiques, biotechnologies, les moyens de communications, le mondialisme etc … quelles seront les conséquences sur nos existences ?



Gustave Courbet, Le chasseur allemand, 1859, huile sur toile, Don de Jean-Paul Mazaroz, Lons-le-Saunier, Musée des Beaux-arts



ŒUVRE PRÉSENTÉE : EXCEPTIONNELLE PAIRE DE BIBLIOTHÈQUES

Un savant mélange de styles différents vient ornementer ces bibliothèques destinées à recevoir le savoir. La sculpture est habilement grasse. Le bas se divise en trois et est rythmé par quatre colonnes en façade et une sur le côté à l’arrière, de part et d’autre des portes richement sculptées de dauphins affrontés au centre d'une alcôve. En ceinture, trois tiroirs à décor de volutes. Le haut des bibliothèques est lui aussi rythmé de quatre colonnes en façade et une sur le côté à l’arrière à cannelures couronnée de chapiteaux ioniques. Il ouvre sur trois portes vitrées à décor influencé des fenestrages des cathédrales gothiques. Le meuble est couronné d’un fronton brisé ; un motif sculpté vient l’amortir.


Jean-Paul Mazaroz

Paire de bibliothèques

Circa 1850

Poirier noirci et chêne

Hauteur 295 cm Largueur 260 cm Profondeur 58 cm

Signé : P Mazaroz RN 17429 et 17 430



PUBLICATIONS D'ETUDES ECONOMIQUES ET SOCIALES DE JEAN-PAUL MAZAROZ :


- Etude sur l’ouvrier, 1862.

- Projet de constitution prenant la famille comme modèle, 1871.

- Revanche de la France par le travail, 1872.

- Le Suffrage universel honnêtement pratiqué, 1873.

- Lettre aux Membres du Jury de l’Exposition Universelle de Vienne, 1873.

- La Profession, base naturelle du suffrage universel, 1873.

- Histoire des corporations françaises, 1874.

- La Question sociale, 1875.

- Histoire de la corporation des orfèvres français, 1875.

- Les Chaines de l’esclavage moderne, 1876.

- Résumé et conclusion des Chaînes de l'esclavage moderne, suivi de la critique du rapport de M. Ducarre, 1875.

- L’Organisation de la république des travailleurs, 1876.

- Union syndicale et fédérative, 1876.

- Les Familles du travail et des intérêts d'après l'Évangile, 1876.

- Pétition au Sénat en faveur de la coopération, de la participation, de l'instruction et de l'éducation professionnelles pour les ouvriers et apprentis..., 1876.

- Mémoire adressé au maréchal Mac Mahon, président de la République française, 1876.

- Les Chaînes de l'esclavage moderne, la liberté du prochain (suite), 1876.

- La Revanche de la France par l'Organisation du travail et des Intérêts, 24 fev. 1876.

- La Genèse des sociétés modernes, 1877.

- La Religion de Moïse, 1877.

- La République des classes dirigées, 1877.

- Projet des syndicats réunis pour la conversion et l'unification de la dette ottomane..., Signé : Jean-Paul Mazaroz, prince Y. de Nar-Bey, Alexandre Lièvre, 1877.

- Histoire des corporations d’arts et métiers, 1878.

- Congrès international de la propriété industrielle, 1878. A MM. les membres du comité d'organisation du Congrès international de la propriété industrielle de l'Exposition universelle de 1878. [Lettre pour leur soumettre trois questions intéressant la propriété industrielle. Signé : J.-P. Mazaroz.], 1878.

- Congrès international du commerce et de l'industrie, 1878. A Messieurs les membres du comité d'exécution du Congrès international du commerce et de l'industrie en 1878. [Lettre au sujet de l'établissement des tarifs d'entreprise par les chambres syndicales du bâtiment. Signé : J.-P. Mazaroz.], 1878.

- Le Plus Grand Péril public du moment est représenté par le phylloxéra et ses causes. Danger du sulfure de carbone ; efficacité des engrais minéraux et végétaux mélangés, moyens précis de leur emploi, 1879.

- Conclusion générale sur la Destruction du phylloxéra de la vigne, procédé J.-P. Mazaroz,... nouvelles lettres à M. le ministre ainsi qu'aux commissions départementales du phylloxéra, 1879.

- Pétition présentée à la Chambre des Députés en faveur de la destruction du phylloxéra de la vigne, procédé J.-P. Mazaroz. Session 1879.

- Concours Pereire pour l'établissement du socialisme pratique. Deuxième mémoire. La Corporation professionnelle et ses conséquences dans la société actuelle, suivie du troisième et dernier mémoire, 1880.

- La Franc-maçonnerie, 1880.

- Bilan financier de la France, 1880.

- Conséquences pratiques du concours Pereire. Acte de société de la famille professionnelle, ou Contrat social des populations productives, 1881.

- Conférence de droit social, 1882.

- Les cabales et conspirations de la politique et des politiciens laïques et religieux organisées contre les patrons et ouvriers du travail nationalité, 1882.

- Causes et conséquences de la grève du faubourg Saint-Antoine, d'octobre à novembre 1882, suivi d'un projet d'organisation pour développer les débouchés des produits français..., 3e édition, 1882.

- Projet de société ayant pour but d'établir l'organisation professionnelle par la réforme électorale. Statuts et considérants, 2e édition corrigée..., 1883.

- Projet de société ayant pour but d’établir l’organisation professionnelle par la réforme électorale. Statuts et considérants, 1883.

- La Réforme électorale, moyens pratiques pour enrichir la France et les Français, résumé général des doctrines économiques, 1883.

- La Réforme électorale. Moyens pratiques pour enrichir la France et les Français, 1883.

- Moyen pratique pour enrichir la France et les Français. Projet de société ayant pour but d'établir l'organisation professionnelle en France par la réforme électorale, statuts et considérants, 1883.

- Enquête parlementaire des 44. Banques syndicales pour favoriser le relèvement de l'agriculture française par le crédit à bon marché, 2e édition... augmentée d'une conclusion explicative, contenant deux lettres adressées à M. le président du Conseil des ministres, 1884.

- Un cri d'alarme à propos de la crise, adressé à la commission des 44. Banques syndicales pour favoriser le relèvement de l'agriculture et de l'industrie, par le crédit à bon marché, 3e édition, augmentée d'une préface, d'une synthèse et d'une conclusion, contenant deux lettres adressées à M. le président du Conseil des ministres, 1884.

- Enquête parlementaire des 44. Les Banques syndicales pour favoriser le relèvement de l'agriculture et de l'industrie françaises par le crédit à bon marché, 2e mémoire, adressé à la commission parlementaire, composée de 44 députés..., 1884.

-Etablissement de la Société de réforme électorale pour éclairer le suffrage universel par les réunions électorales mixtes composé de moitié patrons et moitié ouvrier avec organes de publicité, 1884.

- Rapport à l’Académie de médecine sur la science magnétique, à propos du traitement d’un sourd-muet par médication fluidique, 1884.

- Les banques syndicales, 1884.

- République et Monarchie, 1885.

- Les Lois physiques de la nature expliquées au moyen de la trinité individuelle, et ses conséquences sociales, 1885.

- La Franc-maçonnerie scientifique, les sept lumières maçonniques et le suffrage universel syndical, 1885.

- Mise en pratique de la loi sur les syndicats professionnels. Union des propriétaires et architectes avec les chambres patronales et ouvrières. Avant- projet, 1885.

- République professionnelle et monarchie, ouvrage en trois parties : le mal, le remède et l’histoire, 1887.

-L'Héritage national, étude résumée sur les seuls moyens de le reconquérir, 1887.

- République professionnelle et monarchie, ouvrage en trois parties : le mal, le remède, l'histoire et la science, 1886.


BIBLIOGRAPHIE :


- Révolution industrielle en France et dans le monde (XIXe), Lazare Bonchamp - Histoire pour tous.

- Revue de l’art et de l’industrie, Paris, 1886.

- L’Estampille, n°189, février 1986.

- La Première Révolution industrielle 1750 -1880, Patrick Verley, Armand Colin, 2016.

- La Révolution industrielle 1780-1880, Jean-Pierre Rioux, Points d’histoire, 2015.

- Révolution industrielle et croissance économique au XIXe, Chantal Beauchamps, Ellispe, 1997.

- Exposition universelle de 1862, Paris, Imprimerie Impériale, Classe 30, Objets d’ameublement, page 13.

- Almanach du Commerce.

- Etude Maître B. Robineau, 24 février 1853- Contrat de mariage.

- Succession Ribailler, 28 décembre 1868.

- Revue de l’art et de l’industrie, 1886.

- Connaissance des Art, octobre 1961.

- L’Estampille, n°189, février 1986.

- Catalogues de l'exposition universelle, 1855-1867-1878.

- Succession Mazaroz-Riballler, 1-3 décembre 1890.

- Le Mobilier Français du XIXe Denis Ledoux Lebard les éditions l’amateur

- La pensée sociale et politique de Jean Paul Mazaroz, industriel du meuble au Faubourg Saint-Antoine, et collectionneur d’art ( Lons le Saunier, 1823- Paris 1900), Pierre Merlin- Presses universitaires de Franche Comté, 2017.

- La Révolution industrielle 1780-1880,Jean-Pierre Rioux, édition Le Seuil.


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Direction artistique : Roxane Rodriguez

Coordinatrice : Déborah Lalaudière



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